Histoires sur le tango
Introduction :
Avant de commencer à rédiger ce petit exposé, je me suis demandé comment je pouvais faire pour ne pas vous ennuyer …
Comment rendre attractif un récit à propos d´un phénomène culturel d’une telle envergure ?
On a répertorié à ce jour quatre-vingt- quinze mille tangos ; les orchestres se comptent par centaines, sans parler des anecdotes !! La bibliographie est pléthorique, les poètes et les musiciens qui se sont consacrés au tango sont légions … mais j’ai essayé d’éviter de faire une liste de noms et de dates, à peu près aussi passionnante que l´annuaire téléphonique.
J’ai tenté par contre d’inscrire le phénomène du tango dans son contexte historique et social. À partir de là. J’ai pris comme repères quelques grands noms d’artistes et d’orchestres de tango, je me suis appuyé sur des paroles de tango aussi, et sur des anecdotes (ça, je ne peux pas résister au plaisir d’en raconter !).
L’idée que j’ai derrière la tête, c’est d’essayer de comprendre pourquoi, CENT TRENTE ANS après sa naissance, le tango reste tellement d´actualité ou, en d’autres termes, touche tellement de gens, tellement de coeurs ?
Pour cela, nous allons remonter le temps jusqu’à la fin du dix-neuvième siècle…
La période de jeunesse du tango : les années 1880 et 1890
À la fin du dix-neuvième siècle, la ville de Bs. As. a commencé à changer d´une manière vertigineuse. L’ économie est en pleine santé, il y a aussi des indices, entre les citoyens, d´une maturation jamais vue jusque là.
Les partis politiques adoptent des idées plus évoluées, qu´apporte l´immigration européenne.
Comme les industries se sont développées, une importante classe ouvrière est apparue, intégrée par des immigrants venus de divers pays d ´Europe.
A cette population, s´est mélangée une autre vague migratoire venue de l´intérieur de l´Argentine et qui a les mêmes nécessités, les mêmes projets et les mêmes difficultés que les immigrants européens.
À cette époque-là, vers 1890, le tango est sur le point d´accéder à la popularité, mais il est encore sérieusement concurrencé par la habanera, la mazurka, la valse et d’autres rythmes très à la mode.
Parlons un peu de cette période de jeunesse du tango, dans les décennies 1880 – 1890.
Les premiers tangos ont été conçus intuitivement par des musiciens qui ne connaissent pas les principes élémentaires de la musique ni sa notation
(le solfège, et les partitions). Ce sont des tangos sans paroles, ou avec de courts fragments de textes, souvent à double sens et toujours de contenu libertin, à la manière des chansons paillardes françaises
(par exemple, les chansons de carabins).
Les paroles changent selon l´occasion, le public, ou l´ humeur du chanteur.
Il s´agit de transmission orale : presque rien n´est écrit à cette époque.
Et où est-ce qu’on écoute ces tangos ?
Dans une énorme quantité de petits bars des faubourgs de Buenos Aires, dans les bordels, les marchés, et aussi tout simplement dans les rues, parce qu’ils sont souvent joués ou chantés par les vendeurs ambulants.
À cette époque - et jusqu’en 1915, comme on va le voir dans un instant - le tango, musique décidément trop canaille aussi bien par les paroles qu’elle véhicule que par le monde d’où elle vient, est refusé par toutes les familles qui se veulent décentes, qu´elles soient ouvrières, issues de la classe moyenne ou de la classe aisée.
Pourtant, autour de 1890, on note l’apparition de plusieurs musiciens enthousiasmés par ce nouveau genre musical, mais qui bannissent les mots grossiers des textes.
C´est la naissance de la chanson « criolla », et des tangos « camperos » qui évoquent la vie de la campagne et tentent, par leur atmosphère bucolique et un peu naïve de laver la « sale réputation » du tango.
Un exemple parfait de cette évolution, c´est A. Villoldo, le compositeur du célèbre « El choclo ».
Dans les années 1890, il est le représentant du courant le plus licencieux du tango. Les paroles qu´il a écrites pour « El choclo » ont aujourd´hui disparu, mais on raconte qu´ elles étaient vraiment salées !
Eh bien ! Autour de 1900, Villoldo change de registre et se met à écrire des tangos où se mêlent les scènes de la vie à la campagne et celles de la vie en ville, dans cette ville de Buenos Aires en train de se définir comme grande métropole.
A. Villoldo a crée et affirmé une identité « criolla et porteña» sur ses tangos.
El porteñito, El choclo, Yunta brava, El esquinazo, Cuidado con los cincuenta etc…
La naissance du tango « chanson » : 1915
Alors est venu Pascual Contursi. ! !
En 1915, Pascual Contursi chante pour la première fois »Mi noche triste » au Moulin Rouge, un cabaret de Montevideo.
Il s´agit d´un tango composé par S. Castriota et baptisé dans un premier temps « Lita ».
P. Contursi a trouvé la composition de ce tango très intéressante et a écrit pour lui de nouvelles paroles.
Il est le premier à oser chanter le tango, non plus dans la rue, mais dans une salle de spectacle. Avec ce morceau, le tango urbain, ou « tango chanson », fait son apparition.
Pour définir le tango chanson on peut dire :
qu’il est rédigé en lunfardo mais sans la vulgarité de la chanson paillarde ;
qu’il s´éloigne des thèmes du tango campero, et rencontre son public en parlant aux gens de leur ville ( Bs. As), de la solitude, de l´échec amoureux, du monde de la nuit, de la moralité douteuse, …
Avec le tango « chanson », les classes ouvrière et moyenne ont trouvé dans le tango un mode d´expression privilégié, et commencent à sentir que le tango est leur musique, face à la musique et aux danses des salons aristocratiques.
À peu près en même temps que Contursi, Carlos Gardel décide lui aussi de chanter « Mi noche triste ».
Le duo qu´il forme avec Razzano, déjà célèbre à l´époque, a lui aussi pris ses distances du tango paillard pour constituer un répertoire de tangos « camperos », mieux acceptés par le public.
«Mi noche triste » est leur premier tango « chanson ». Mais bien vite le duo n´hésite plus à en interpréter beaucoup d’autres.
(«La pastora », par exemple, conquiert vraiment le grand public, faisant tomber ses réticences.)
« Mi noche triste » est donc à bien des titres le symbole de cette période qui fait le trait d´union entre le tango sans paroles et le tango chanson, et qui impose le tango comme musique populaire, c’est-à-dire comme manifestation des sentiments du peuple.
Mais les jeunes fêtards de la classe aisée, eux aussi, sont enthousiasmés.
Le tango conquiert l’ensemble de la « Jaileife » - « hig-life » littéralement :
classe « haute » , aisée, quand le Baron Antonio de Marchi, un riche oisif lui aussi, organise un rendez-vous tanguero au « Palais des glaces » - dans le quartier chic de Recoleta, en 1912.
Participent à ce rendez-vous d´importants musiciens comme « el tano Genaro « et son trio et aussi de célèbres danseurs professionnels de l’époque comme Casimiro Aín et Enrique Saborido.
Les formes successives de l’orchestre :
On vient de voir comment le tango a peu à peu vaincu toutes les réticences, voire les francs rejets, même dans les milieux sociaux les plus réfractaires, pour toucher l’ensemble de la société. à tel point que, au début des années 30, il y a des salons de danse un peu partout dans la ville de Bs. As.
Voyons voir maintenant quelles formes successives a pris l’orchestre de tango.
Pendant les années 1900 – 1910 sont apparus les premiers quartets composés par un bandonéon, une flûte, une guitare et un violon.
Un peu après, la guitare a été substituée par le piano,
( a été substituée au piano ou a été remplace par le piano ) et la flûte est tombée en désuétude : les quartets sont donc devenus des trios, composés par un piano, un bandonéon et un violon. Ce sera la base des orchestres typiques.
Autour de 1915, Roberto Firpo décide d´ajouter un autre violon à son orchestre, jusque là composé d’un violon, d’un bandonéon, d’un piano et d’une contrebasse. En 1917, autre nouveauté : il ajoute un deuxième bandonéon.
Le sextet typique a trouvé sa structure définitive : un piano, deux violons, deux bandonéons, une contrebasse.
Dans ces années-là, l’orchestre de Firpo et ceux de F. Canaro et Vicente Greco, eux aussi des sextets, connaissent un immense succès. Leur popularité est tellement énorme qu´elle oblige les autres musiciens à se regrouper à leur tour en sextets pour connaître le succès.
Comme, au cours des années, le tango est devenu très populaire, il y a énormément de gens qui viennent le danser.
Au carnaval de Rosario, en 1917, les célèbres orchestres de Roberto Firpo et Francisco Canaro décident de réunir leurs sextets.
Le grand orchestre typique est né
Le grand orchestre typique :
On voit parfois sur les photos de l´époque des rangées impressionnantes composées par douze bandonéons, douze violons, un piano et une contrebasse.
C’est que pour accueillir dans de bonnes conditions tous ceux qui voulaient danser le tango, les salons de danse étaient devenus plus spacieux et les orchestres ont dû recruter plus de musiciens pour augmenter leur volume sonore.
Parce qu´à l´époque on ne pouvait pas monter le bouton du son ! !
La forme de l’orchestre de tango a donc beaucoup évolué entre le quartet des débuts, un peu campagnard, avec flûte et guitare, et le grand orchestre typique qui apparaît pour la première fois en 1917.
Vous imaginez bien que l’interprétation de la musique, elle aussi, a évolué !
Et c’est de cela dont je vais vous parler maintenant.
Deux tendances se dessinent: le milieu des années 20
Au milieu des années 20, sont apparues différentes tendances en ce qui
concerne les styles d´ interprétation du tango.
D’une part, ce qu’on peut appeler la tendance « traditionnelle » avec R. Firpo, F. Canaro, F. Lomuto, J. Filiberto, etc.
Dans leur évolution, ces orchestres se sont contentés d´ajouter des musiciens au sextet traditionnel déjà composé par un piano, deux violons, deux
bandonéons, une guitare ou une contrebasse, en faisant intervenir des instruments comme l´alto et le violoncelle.
Mais ils ont conservé leurs caractéristiques d´origine, ils ont maintenu la marcation rythmique forte et carrée d’un tango joué pour être dansé.
Ici, à mon avis, il faut expliciter un peu plus ce que on entend par « marcation rythmique forte et carrée », Bien rythmé, faire écouter un exemple très
guardia vieja
L’autre tendance qui s´est dessinée au milieu des années 20 a été initiée par
Juan C. Cobian, Osvaldo Fresedo, Julio De Caro, Pedro Maffia etc.
C’est ce qu’on peut appeler la tendance plus « sophistiquée » - sophistiquée dans
le bon sens du terme !
En effet, même si ces orchestres ont maintenu la formation du sextet, ils ont mis l´accent sur des arrangements musicaux d’une grande sophistication technique et d´une grande beauté.
Je vais vous raconter en quelques mots le parcours de Julio De Caro, parce qu’il illustre parfaitement ce qu’ont voulu faire les musiciens qui s’inscrivent dans cette deuxième tendance.
Julio De Caro avait une technique raffinée venue d´ une éducation musicale privilégiée qu´il avait reçue de son père, propriétaire d´un conservatoire à Bs. As. et maître de musique renommé.
Le jeune Julio était un violoniste ultra doué et plein d´ enthousiasme pour le
tango, que son père qualifiait de passade d´ adolescents tout juste bonne à être joué dans la rue.
Exaspéré par l´ obstination du jeune Julio à « gâcher son talent » en jouant du tango, De Caro père en est même arriver à mettre son rejeton à la porte ! !
Rendant une sorte de tribut à son père et à son éducation, Julio De Caro
a incorporé à sa musique « profane » les ressources les plus raffinées
de la musique classique : l´ harmonie, le contre chant, le contre point, etc.
L´orchestre de Julio De Caro a mené une vraie révolution musicale dans la
façon d’interpréter le tango : il a étoffé et rendu plus subtile la musicalité du tango, mais attention ! !
Lui non plus n’a pas perdu de vue le but ultime de cette musique : faire danser les gens ! ! !
Donc, pour récapituler : Pascual Contursi a emmené le tango des pieds aux
lèvres avec les paroles de « Ma nuit triste », en créant le genre « tango chanson ».
Puis, au milieu des années 20, les orchestres « traditionnels » autant que les « sophistiqués », chacun de leur côté, ont fait revenir d´une façon massive le tango aux pieds des danseurs.
L’âge d’or : les années 30 et 40
Les années 30 et 40 ont été sans aucun doute la période la plus triomphale
que le tango ait connu
La grande quantité d´ orchestres et de chanteurs et aussi la diversité de
mélodies et de styles ont fait que la diffusion du tango a été énorme.
À toute heure et dans tous les endroits où il y avait un appareil de radio,
on entendait du tango.
À cette époque, en Argentine, la vie musicale était en effervescence, en ébullition !
Dans ce mouvement musical de si grande ampleur, de nouveaux orchestres se formaient continuellement.
Ils étaient souvent d´excellente qualité, même si l´ audience énorme dont bénéficiaient les orchestres les plus célèbres empêchaient souvent les autres,
un peu mois connus, d´atteindre la consécration, c’est-à-dire, d’enregistrer pour les maisons de disque ( l´américaine R.C.A., l´anglaise ODEON, etc. ) qui réservaient leur catalogue aux monstres sacrés
( Canaro, Firpo, Fresedo, D´Arienzo, Di Sarli, etc.)
Par contre ces orchestres animaient énormément de bals et, les jours de chance, passaient en direct à la radio ; ils étaient donc connus et appréciés par leurs contemporains mais comme ils n´ont pas pu enregistrer grand chose, ils ne sont pas passé à la postérité et sont aujourd´hui presque oubliés.
(Penser à Danielle et faire écouter « Zorro plateado » de J. Garcia)
On a du mal à concevoir aujourd’hui l´importance qu’avait la radio dans ces années-là. Rappelons-nous que la télévision n´existait pas, et internet encore moins !
Depuis 1920 c’est le moment où la radio a commencé à être beaucoup utilisée ! !
La radio était le moyen de diffusion privilégié du tango : on y passait des disques et on y diffusait des concerts en direct.
Il y a aussi dans ces années 30-40 des magazines hebdomadaires
(par exemple : L´âme qui chante) qui publiaient les paroles et les partitions des nouveaux tangos. Leur diffusion est nationale.
De cette manière les tangos voyageaient par la poste, de la Capitale jusqu´ aux points les plus isolés du pays.
J´ai déjà mentionné qu´à partir du début des années 30, les dancings et les clubs où on écoutait le tango ont commencé à pulluler. mais savez-vous que les orchestres de tango jouaient aussi dans les cinémas ?
Récapitulons une fois encore:
Le tango commence à être joué dans des endroits interlopes, les guinguettes
à Palermo, puis dans les petits cafés à La Boca et aussi à Barracas,
Pompeya, etc. [montrer sur la carte.]
Au cours de l´époque suivante il est accepté dans les cafés plus élégants
du centre ville et il est même joué et dansé dans les milieux aisés.
Enfin, le tango atteint son niveau de diffusion maximale en pénétrant dans les classes moyennes, et, à l´époque il n´y a pas de meilleur endroit pour toucher les classes moyennes que le cinéma, où les sempiternelles pianos qui accompagnent les films muets sont devenus bien monotones, et sont prêts à céder la place.
À la fin des années 20 le tango profite donc de la période de fin de règne du cinéma muet pour trouver dans les salles de cinéma un espace de diffusion supplémentaire.
Chaque sextet a ses supporteurs enthousiastes qui se réunissent dans les salles de cinéma du centre ville et témoignent beaucoup plus d´intérêt pour l´orchestre que pour le film.
Il reste encore un saut à faire : être sur l´écran. . . .
Le tango fait son cinéma: 1933
Le cinéma argentin a une histoire très intéressante, et il a presque le même âge que le tango.
Au début, l´influence française sur le cinéma argentin était très importante.
Le premier metteur en scène du cinéma argentin, est d´ailleurs un français, Eugène Py,
En 1898, Eugéne Py filme une opération chirurgicale avant de tourner
« Le drapeau Argentin » suivi d´ autres court – métrages historiques toujours sonorisées en direct par les sempiternels pianos.
Un autre courant a commencé, lui, avec des films qui recréent la vie de la campagne dans un climat tanguero. Dans ce cas, la musique est jouée dans la salle de cinéma, non par l’habituel piano, mais par des trios de tango.
Mais la vraie entrée du tango au cinéma, qui fut un énorme succès, a coïncidé avec l´apparition du cinéma sonore.
C´est le 27 avril 1933 qu´est sorti « Tango », le premier film argentin sonorisé.
Il a été mis en scène par Luis Moglia Brath et interprété par Libertad Lamarque, Tita Merello, et Azucena Maizani, trois chanteuses de tango très connues de l’époque.
Le film « Tango » nous raconte une histoire typique de Bs. As :
Un chanteur de tango a été refusé par une fille de son quartier,
un faubourg de la ville.
Celle-ci est partie avec un autre homme. un » compadrito ».
L´amant éconduit, désespéré, part à la recherche de la jeune femme.
Ce qui l´amène jusqu’où ? ? Devinez ! ! Jusqu´à Paris ! !
Le film, qui n´a pas une grande valeur artistique, était destiné à montrer
sur l´écran toutes les « stars » de la chanson à l´époque.
U autre film a été tourné à l´ époque, « Los tres berretines » - on peut traduire ce titre par: les trois obsessions - est un film un peu plus profond que « Tango ».
Au générique, on retrouve la grande Tita Merello, qu´on peut comparer, pour la gouaille inimitable et la double carrière de chanteuse et de comédienne, à
la célèbre Française Arlety.
Le film a été présenté le 19 mai 1933, c´est-à-dire à peine trois mois plus
tard que « Tango ».
Il nous raconte l´histoire de personnes qui chacune cultive une obsession.
Il y a d’abord le personnage d´ une femme passionnée de cinéma,
Dans une scène très drôle, l´homme rentre à la maison et ne trouve ni son
repas, ni sa femme, parce qu´ elle est partie au cinéma.
Comme tous les jeunes du quartier, un des fils de la maison est un fanatique de
football qui rêve de devenir un roi du ballon rond.
L´ autre fils siffle toujours une mélodie de tango de sa création ; lui, c´est comme
compositeur qu´il est convaincu qu´il deviendra célèbre ! !
Le personnage principal devient finalement fanatique de cinéma, de football et
de tango : il accompagne sa femme voir des films ; il va au stade voir son fils
jouer un match, et à l´auditorium de la radio pour écouter son autre fils
interpréter un tango de sa composition.
( Comparaison : Tita Merello et Arletty )
C´est à cette occasion que le jeune Anibal Troilo débute à l´écran, avec sa
tête de bébé joufflu. Il forme un trio avec Foccille et Marafiotti.
Dans le même film, on a aussi l´occasion de voir et d´écouter l´orchestre
d’Osvaldo Fresedo, qui interprète la musique de Enrique Delfino.
[Passer un extrait du DVD]
Vous savez que sur la bande originale du film, on trouve aussi des morceaux joués par Duke Ellington. Duke Ellington ? ? Oui, Duke Ellington ! !
Je ne sais pas si Fresedo, au cours de ses séjours aux Etats-Unis, a travaillé avec Duke Ellington, mais il entretenait une étroite relation avec le jazz.
Il a d´ailleurs enregistré, en juillet 1956 à Bs. As., un disque de tangos avec
Dizzy Gillespie.
Vous connaissez peut-être ce disque, titré : Rendez Vous porteño.
Conclusion :
Voilà ! À partir de 1933, on peut dire que le tango, non seulement s’est diffusé dans toutes les couches de la société, mais aussi qu’il a conquis tous les secteurs de la culture de masse : radio, salles de concert, dancings, disques, et cinéma.
Vous voyez que je n’ai rien dit de beaucoup de monstres sacrés :
D’Arienzo, De Angelis, Di Sarli, Pugliese, pour ne citer qu’eux.
Je suis prêt à répondre à vos questions, si vous en avez.
Mais avant, j’aimerais juste ajouter un mot pour essayer de répondre à notre question de départ : pourquoi, CENT TRENTE ANS après sa naissance, le tango reste tellement d´actualité et touche tellement de gens?
À la lumière de ce qu’on a dit, c’est sûrement parce que, à travers ses textes le tango nous raconte des histoires vécues, qu’il nous parle de sentiments communs à tout le monde comme la convoitise, l´amour, la jalousie, les frustrations, les échecs amoureux, …
On peut dire que tous ceux qui ont trahi une personne qui les aimait, ou qui ont été trahis par une personne qu´ils aimaient, sont en conditions pour écrire les paroles d´un tango, ou en tout cas pour s’identifier à elles.
De même, la poétique de la ville qui se met en place au début du vingtième siècle - les rues miroitantes sous les réverbères, la solitude urbaine, la dure vie des faubourgs et la fascination pour le centre et ses richesses, vaut encore aujourd’hui.
Enfin, je crois que si le tango a ainsi traversé le temps, c’est aussi sans doute pour l’exigence artistique de ses compositeurs et de ses interprètes.
Un De Caro, un Di Sarli, un Troilo, nous ont offert des œuvres d’art aussi éternelles et universelles qu’un Picasso, qu´un Satie ou qu´un Beckett.
Juste entre nous : Sur les trois, il n´y a qu´un artiste Français,
pourquoi se limiter à la France ?. Par contre, ils ont tous les trois vécu en
France, entretenu des liens étroits avec la culture française au point,
pour Beckett, d´écrire aussi en français. . .
Voir : François Villon, Paul Valéry, Paul Verlaine, Charles Baudelaire,
Antonio Machado.
Pepe Larumbe